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Joseph CHINARD (Lyon, 1756-1813) Portrait de la princesse Élisa Bonaparte

Joseph CHINARD (Lyon, 1756-1813) Portrait de la princesse Élisa Bonaparte

Buste en terre cuite, signé au dos « Chinard statuaire, ac de l’institut nat membre de plus acad. » Étiquette au revers « Rouen E. Jonas ». H. 27 cm. Provenance - Collection du modèle, la princesse Élisa Bonaparte Baciocchi (1777-1820). - Puis possiblement collection de son frère, le prince Lucien Bonaparte (1775-1840). - Collection du comte de Penha-Longa (1871-1956). - Sa vente en 1911, lot 38. - Collection Édouard Jonas (1883-1961). - Collection du président du Conseil Édouard Herriot (1872-1957), puis par descendance. - Collection privée, Lyon. Expositions Exposition d’œuvres du sculpteur Chinard, de Lyon (1756-1813), Pavillon de Marsan (palais du Louvre), novembre 1909-janvier 1910, Union centrale des arts décoratifs, n° 67. - Napoléon et son temps, Rouen, 1934, n° 229. Historique En 1805, Élisa, aînée des filles de la famille Bonaparte, reçoit de son frère Napoléon Ier la principauté de Piombino, à laquelle s’ajoute quelques mois plus tard celle de Lucques. Ambitieuse et fine politique, celle des sœurs qui ressemble le plus à l’Empereur gouverne ses États en véritable femme d’État. Elle s’entoure des meilleurs artistes de son temps et porte un intérêt tout particulier à la sculpture, à laquelle elle donne en Italie une vitalité nouvelle. C’est dans ce contexte qu’en 1805, Joseph Chinard, sculpteur lyonnais alors établi à Lucques, modèle en terre cuite notre buste ainsi que son pendant, le portrait de Félix Baciocchi, époux d’Élisa. La princesse y est représentée en costume de cour, la tête ceinte d’un diadème qui affirme son rang de nouvelle souveraine. Ces deux terres cuites servirent de modèles à deux marbres grandeur nature. Celui d’Élisa, présenté au Salon de 1808, est aujourd’hui conservé dans une collection particulière italienne (ill. 1). Il s’agit du premier portrait officiel sculpté de la princesse de Piombino et de Lucques. Notre œuvre peut donc être considérée comme le premier modèle de la série des Napoléonides. Portée par Élisa, cette entreprise consistait à réaliser une suite de bustes des membres du clan Bonaparte, à la manière d’un album de famille sculpté. Lorenzo Bartolini en fut le principal artisan. Nommé en 1808 à la tête de l’Académie des beaux-arts de Carrare, il réalise dès l’année suivante une nouvelle effigie officielle de la souveraine (ill. 2). Le buste modelé par Chinard en 1805 est minutieusement décrit par Gérard Hubert dans son ouvrage La Sculpture dans l’Italie napoléonienne. Haut de 27 cm, il porte la signature « CHINARD STATUAIRE AC DE L’INSTITUT NATIONAL MEMBRE DE PLUSIEURS ACADÉMIES ». Cette description correspond en tout point à notre œuvre, et sa provenance confirme qu’il s’agit bien du même buste. On retrouve au début du XXe siècle l’épreuve en terre cuite dans la plus importante collection d’œuvres de Chinard, celle du comte de Penha-Longa. Elle fait l’objet d’un article dans la revue ‘Les Arts’ en 1909, où notre buste est reproduit (p. 18), avant d’être présentée en 1909-1910 lors de la rétrospective consacrée à l’artiste au Palais du Louvre (ill. 3). L’œuvre réapparaît ensuite à Rouen en 1934, à l’exposition Napoléon et son temps, et appartient alors à Édouard Jonas qui fut le tout premier conservateur du Musée Cognacq-Jay à Paris. L’étiquette « Rouen E. Jonas » qu’elle porte encore confirme une fois de plus l’identification de notre terre cuite. Elle est par la suite acquise par Édouard Herriot, président du Conseil et maire de Lyon, qui fait ainsi revenir une œuvre de l’artiste dans sa ville natale. Elle est ensuite conservée par ses descendants. Une question demeure toutefois. Dans une lettre du 1er octobre 1805 adressée à Lucien, son frère préféré, Élisa lui annonce qu’elle a chargé Boyer, beau-frère de Lucien, de lui faire parvenir son buste et celui de son époux, réalisés par Chinard. Elle précise que ces portraits ont été jugés « très ressemblants ». Notre œuvre est donc peut-être celle qu’Élisa a fait parvenir à son frère. Il se peut aussi que la princesse lui ait adressé une réplique et ait conservé l’épreuve originale dans sa propre collection. Dans un cas comme dans l’autre, cette prestigieuse origine témoigne de la qualité exceptionnelle de notre buste et du talent de Joseph Chinard. Joseph Chinard naît à Lyon le 12 février 1756. D’abord destiné à l’état ecclésiastique, il montre très tôt de sérieuses dispositions pour la sculpture. Il suit les cours de l’École de dessin sous la direction du peintre Donat Nonotte (1708-1785), avant d’entrer dans l’atelier du sculpteur Barthélemy Blaise (1738-1819). Parti parfaire sa formation à Rome, où il copie les sculptures antiques, il remporte en 1786 le concours de l’Académie de Saint-Luc. C’est une véritable prouesse, car aucun Français ne s’était vu décerner ce prix depuis soixante ans. De retour à Lyon, il reçoit de nombreuses commandes, mais le climat politique troublé lui vaut d’être incarcéré, avant d’être finalement lavé de toute accusation. C’est sous le Consulat, puis sous l’Empire, qu’il connaît la consécration. En 1797, il écrit à Bonaparte, qui vient de s’illustrer en Italie. Le général lui répond en ces termes : « Je serai toujours fort aise de trouver l’occasion de faire quelque chose qui vous soit utile et de vous témoigner l’estime qui est due aux hommes de talent qui honorent leur patrie. » Ces mots marquent le début d’une relation privilégiée entre le sculpteur et le futur empereur. Lors du passage de Bonaparte à Lyon, après sa victoire de Marengo, Chinard exécute un buste du Premier Consul (ill. 4), ainsi qu’un portrait en médaillon où le profil est encadré d’un glaive et d’un faisceau de licteur. Ravi de son portrait, Bonaparte lui commande un projet de monument à sa gloire pour la place Bonaparte à Lyon, qui ne sera finalement jamais réalisé Il réalise ensuite de nombreux bustes de la famille impériale, souvent en terre cuite, technique dans laquelle il excelle, à l’image du portrait de l’Impératrice Joséphine (ill. 5). Enfin, en 1807, un décret impérial le nomme professeur de sculpture à l’École des beaux-arts de Lyon. Œuvres en rapport - Joseph Chinard (1756-1813), Buste d’Élisa Bonaparte Baciocchi, 1805, marbre, Milan, collection privée (ill. 1). - Lorenzo Bartolini (1777-1850), Buste d’Élisa Bonaparte Baciocchi, circa 1810, marbre, Rueil-Malmaison, châteaux de Malmaison et Bois-Préau, inv. M.M.40.47.814 (ill. 2). - Joseph Chinard (1756-1813), Buste de Bonaparte, Ier consul, 1801, plâtre, Lyon Musée des Beaux-Arts, inv. H 813 (ill. 4). - Joseph Chinard (1756-1813), Buste de l’impératrice Joséphine, circa 1805, terre cuite, Rueil-Malmaison, châteaux de Malmaison et Bois-Préau, inv. M.M.82.3.1 (ill. 5). Littérature - Catalogue des sculptures par Joseph Chinard de Lyon (1756-1813) formant la collection de M. le comte de Penha-Longa, vente, Paris, galerie Georges Petit, 2 décembre 1911, Paris, 1911. - Exposition d’œuvres du sculpteur Chinard, de Lyon (1756-1813), cat. exp. par Paul Vitry, Paris, Pavillon de Marsan (palais du Louvre), novembre 1909-janvier 1910, Paris, Union centrale des arts décoratifs, 1909, p.41 (reproduit p. 49). - Hubert Gérard, La Sculpture dans l’Italie napoléonienne, Paris, E. de Boccard, 1964, p.355 Marmottan Paul, Lucien Bonaparte et sa sœur Élisa, Lettres intimes inédites, in R.E.N, 1931, I, p. 176. - Napoléon et son temps, cat. exp., Rouen, musée de peinture, 19 mai-15 juillet 1934, Rouen, 1934, p.49 (reproduit p. 41). - Tourneux Maurice, « La collection de M. le comte de Penha Longa. Bustes, médaillons et statuettes de Chinard », Les Arts, n° 95, novembre 1909, p. 18 (reproduit).

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